Les liens indissociables qui unissent Thiers et Laguiole, sont historiquement prouvés et datent du milieu du XIXème siècle, période d’apparition du couteau Laguiole et de sa forme particulière bien reconnaissable.

Ces liens ancestraux ont permis, après un arrêt de la production coutelière à Laguiole de 1914 à 1985, la réimplantation d’établissements couteliers de qualité sur place grâce au formidable dynamisme des élus traduit entre autres par le transfert d’une usine de Thiers à Laguiole en 1987.
A noter également en 1992, l’apport du savoir-faire très haut de gamme sur Laguiole avec l’arrivée en provenance de Thiers d’un MOF formé à la Maison des Couteliers de Thiers (établissement de prestige de la coutellerie thiernoise et dont les principales missions sont la formation, la production haut de gamme et la sauvegarde des techniques et des métiers indispensables à la création coutelière).
A ce jour, environ 70 entreprises (une douzaine implantées à Laguiole et ses alentours et une soixantaine sur le bassin coutelier de Thiers) produisent ou participent directement à la production du Couteau Laguiole.
Toutes ces entreprises, souvent familiales, souvent transmises de génération en génération, entretiennent un savoir-faire traditionnel de coutellerie, véritable patrimoine culturel, dont les historiens trouvent des traces avant le XIVème siècle dans la ville de Thiers – devenue depuis deux siècles la capitale de la coutellerie française – et à Laguiole dans la première moitié du XIXème siècle.
Pour défendre et promouvoir ce bien commun qu’est le « Couteau Laguiole », pour rassembler et défendre les acteurs qui fabriquent l’ensemble de leurs gammes laguioles à Laguiole et à Thiers face aux couteaux « laguiole » d’importation, pour maintenir et développer les emplois locaux, l’association CLAA (Couteau Laguiole Aubrac Auvergne) a été créée début 2015.
Conformément à la loi, CLAA a élaboré un cahier des charges spécifique afin de le soumettre à l’homologation de l’INPI et devenir l’Organisme de Défense et de Gestion de l’IG « Couteau Laguiole ».
Le 23 Septembre 2022, l’INPI homologue l’ IG « COUTEAU LAGUIOLE » commune aux deux territoires de fabrication que sont ceux de Laguiole et Thiers, indiscutablement liés depuis plus de 150 ans dans une même aventure humaine, une aventure concrétisée dans un bien à l’origine partagée, porteur d’un savoir-faire traditionnel coutelier unique, un bien qui – en vérité – n’appartient ni à l’un ni à l’autre mais aux deux.
La cahier des charges de l’indication géographique « Couteau Laguiole » est consultable sur le site de l’INPI : https://base-indications-geographiques.inpi.fr/fr/document/2888
Saisissons donc cette opportunité historique de mettre en œuvre une Indication Géographique « Couteau Laguiole » commune qui ne stigmatise pas Laguiole ou Thiers ; une IG vérité dont nos aïeux seraient fiers, tournée vers l’avenir, créatrice d’optimisme et d’emploi ; une IG « couteau Laguiole » constructive, véritable booster économique ; une IG qui anéantisse une bonne fois pour toute la confusion entretenue par certains d’une guerre supposée de Laguiole avec Thiers bien loin de la réalité du terrain et du monde; une IG qui nous permette de nous démarquer ensemble face à la concurrence internationale en provenance des pays à bas coûts ; une IG qui informe de la réalité de la fabrication du produit et redonne entière confiance aux consommateurs pour le bien de toute une filière.
L’association « CLAA », est constituée de plus de 40 professionnels impliqués dans la fabrication du couteau laguiole. Nous sommes fiers de nos entreprises qui travaillent ensemble depuis plus de 150 ans. Inexistante pendant des décennies, la fabrication « à Laguiole depuis 1985 » a été permise grâce au transfert de machines et de savoir-faire en coutellerie traditionnelle et d’Art depuis le bassin de Thiers où la fabrication de « laguioles » n’a jamais cessé. C’est en additionnant les efforts de production (savoir-faire) mais aussi de marketing (faire-savoir) que les couteliers d’Aubrac et d’Auvergne ont réussi à faire connaître et à vendre dans le monde entier le couteau laguiole. Le « CLAA » a pour but de défendre et de promouvoir notre célèbre couteau, les emplois locaux et les acteurs du territoire « Laguiole/Thiers » qui fabriquent l’ensemble de leurs gammes laguioles sur ces deux zones indissociables.
Le couteau laguiole représente une place extrêmement importante chez les fabricants et sous-traitants de coutellerie française avec une soixantaine d’acteurs directement concernés sur le bassin de Thiers et une douzaine sur la région de Laguiole.
Les chiffres nous prouvent d’ailleurs que le couteau laguiole est un pilier essentiel de la coutellerie française.
Le but de l’association est, entre autre, de faire bloc vis-à-vis du reste du monde pour :
- redonner confiance et rétablir l’image du laguiole auprès des revendeurs et des consommateurs,
- Rétablir la réalité de la fabrication du couteau laguiole auprès des médias trop souvent influencés et portés pas les effets d’annonce,
- en terminer une bonne fois pour toute avec les guéguerres Laguiole/ Laguiole et Laguiole/Thiers préjudiciables à tous.
- permettre aux acteurs de se concentrer sur leur savoir-faire, leur travail et la commercialisation de leurs produits plutôt que de se perdre en procès et procédures devant les tribunaux entre collègues,
- In fine, convaincre ces quelques entreprises qui désirent une IG « sans Thiers » de rejoindre les partisans d’une IG commune fondée sur plus de 150 ans de relations privilégiées : seule issue possible pour un avenir constructif et porteur de développement.
La fabrication traditionnelle du couteau Laguiole
La réalisation d’un couteau Laguiole authentique demeure un processus largement artisanal, mobilisant pas moins de quarante étapes distinctes pour chaque pièce. Tout commence par le forgeage de la lame, souvent en acier inoxydable à haute teneur en carbone, telle la nuance Sandvik 12C27, reconnue pour son tranchant durable et sa résistance à la corrosion. La lame est découpée, estampée puis rectifiée avec une précision manuelle, avant de subir un traitement thermique rigoureux — trempe et revenu — garantissant une dureté optimale autour de 56–58 HRC. Le ressort, pièce maîtresse du mécanisme à cran forcé, est lui aussi façonné dans un acier spécifique et ajusté à la main pour obtenir une tension parfaite et une ouverture ferme, caractéristique sonore du couteau.
Le montage du manche fait appel à des matériaux naturels de qualité : la corne de vache ou de zébu, le bois d’olivier, d’ébène ou de genévrier, voire la défense de mammouth fossile pour les pièces de collection. Chaque platine est découpée, percée puis fixée à l’aide de rivets en laiton ou en acier inox, l’ensemble étant soigneusement poli. Les tables, ou plats de manche, peuvent être laissées lisses ou recevoir un guillochage artisanal, c’est-à-dire un travail de ciselure à la main réalisé à l’aide d’un tour à guillocher, parfois centenaire. Ce savoir-faire, transmis par les maîtres artisans de l’école thiernoise, confère au couteau sa signature esthétique et son moelleux au toucher.
L’abeille et la croix du berger : symboles et décors emblématiques
L’abeille, souvent désignée à tort comme un symbole napoléonien sur le couteau Laguiole, trouverait ses origines dans une légende bien plus ancienne. Selon la tradition locale, les bouviers et bergers de l’Aubrac obtenaient de leur confrérie le droit de porter un couteau orné d’une abeille, en reconnaissance de leur travail et de leur piété. Ce motif aurait donc préexisté à l’Empire, bien qu’il ait pu être renforcé par la popularité de l’insecte impérial. Aujourd’hui, l’abeille constitue le motif décoratif le plus emblématique, forgé ou rapporté à la base du ressort, et il est réalisé avec un soin extrême par des artisans spécialisés.
La croix du berger, formée d’un alignement de petits clous en acier ou en laiton incrustés sur le manche, répondait à un usage quotidien : les bergers transhumants plantaient leur couteau dans une miche de pain ou dans le sol, et disposaient ces clous de manière à former un crucifix, devant lequel ils pouvaient se recueillir loin des églises. Ce décor, devenu un marqueur identitaire fort du Laguiole, est aujourd’hui reproduit avec fidélité, parfois complété par des frises ou des filets sur le pourtour des platines. D’autres motifs régionaux, comme la chardonneret ou la feuille de fougère, peuvent enrichir le couteau, toujours réalisés à la lime et au burin selon des gestes hérités du XIXe siècle.
Le couteau Laguiole et le défi de l’appellation protégée
Contrairement à une idée répandue, l’appellation « Laguiole » n’a jamais fait l’objet d’une protection géographique officielle, ce qui a ouvert la voie à des productions extra-européennes surfant sur la notoriété du nom. En 1999, la commune de Laguiole a déposé la marque « Laguiole » à l’INPI pour des couteaux, mais cette démarche, tardive, n’a pas permis de réserver juridiquement le terme qui reste considéré comme générique. Ainsi, la quasi-totalité des couteaux Laguiole commercialisés dans le monde sont fabriqués dans le bassin thiernois, mais l’étiquette ne renseigne ni sur l’origine réelle de la pièce ni sur le respect des savoir-faire originels.
Pour pallier cette absence, les professionnels du secteur ont élaboré des chartes de qualité et des labels privés, à l’image du label « Origine France Garantie » que certaines maisons thiernoises arborent. La mention « Fabriqué en France » et la réputation des noms de fabricants constituent aujourd’hui les principaux repères pour le consommateur averti. Un projet de certification collective, porté par la Confédération des Couteliers de Laguiole, vise à fédérer les ateliers de l’Aubrac et de Thiers autour d’un cahier des charges exigeant, mais son aboutissement juridique reste complexe dans un contexte de mondialisation de la coutellerie.
La transmission des savoir-faire et la formation des jeunes artisans
La pérennité de la coutellerie artisanale, qu’elle soit thiernoise ou aveyronnaise, repose sur une solide dynamique de transmission intergénérationnelle. L’apprentissage s’effectue encore souvent par compagnonnage au sein des ateliers, où un maître artisan suit pendant plusieurs années un jeune apprenti. La Maison des Couteliers de Thiers, évoquée précédemment, joue un rôle central dans cette mission : elle dispense des formations certifiantes, du CAP au diplôme de meilleur ouvrier de France, en passant par les brevets techniques spécialisés en forge, polissage et montage de couteaux d’art.
Des dispositifs récents, tels que les Titres professionnels de coutelier créés en 2016, viennent compléter l’offre et reconnaître les compétences spécifiques liées à la fabrication du Laguiole. Par ailleurs, certaines entreprises familiales investissent dans l’insertion de personnes en reconversion professionnelle, attirant des profils variés séduits par la noblesse du geste manuel. La transmission s’étend également aux techniques de finition décorative, comme la gravure sur ressort ou la marqueterie de paille, un savoir rarissime que seules quelques mains expertes maîtrisent encore. Cet écosystème de formation, associant conservatisme des méthodes et ouverture à l’innovation, assure que le couteau Laguiole continue d’incarner un patrimoine vivant, loin d’une simple nostalgie folklorique.