Couteau Laguiole Aubrac Auvergne
L’association « CLAA », est constituée de plus de 40 professionnels impliqués dans la fabrication du couteau laguiole. Nous sommes fiers de nos entreprises qui travaillent ensemble depuis plus de 150 ans. Inexistante pendant des décennies, la fabrication « à Laguiole depuis 1985 » a été permise grâce au transfert de machines et de savoir-faire en coutellerie traditionnelle et d’Art depuis le bassin de Thiers où la fabrication de « laguioles » n’a jamais cessé.

C’est en additionnant les efforts de production (savoir-faire) mais aussi de marketing (faire-savoir) que les couteliers d’Aubrac et d’Auvergne ont réussi à faire connaître et à vendre dans le monde entier le couteau laguiole. Le « CLAA » a pour but de défendre et de promouvoir notre célèbre couteau, les emplois locaux et les acteurs du territoire « Laguiole/Thiers » qui fabriquent l’ensemble de leurs gammes laguioles sur ces deux zones indissociables.

Le 23 Septembre 2022, l’INPI homologue l’ IG « COUTEAU LAGUIOLE » commune aux deux territoires de fabrication que sont ceux de Laguiole et Thiers, indiscutablement liés depuis plus de 150 ans dans une même aventure humaine, une aventure concrétisée dans un bien à l’origine partagée, porteur d’un savoir-faire traditionnel coutelier unique, un bien qui – en vérité – n’appartient ni à l’un ni à l’autre mais aux deux.
Un héritage forgé dans l’histoire des burons et des estives
Le couteau laguiole puise ses racines dans la rudesse des plateaux volcaniques de l’Aubrac, où les buronniers et les bergers transhumants façonnaient, dès le début du XIXe siècle, un outil à tout faire. Simple, robuste et redoutablement efficace, il servait aussi bien à trancher le pain qu’à percer le cuir, à couper le saucisson qu’à tailler le bois pour réparer une clôture. Les premiers modèles, forgés localement à partir de lames récupérées sur des rasoirs ou des épées, portaient déjà en germe les traits distinctifs que nous perpétuons aujourd’hui : une lame effilée, un manche galbé et cette fameuse croix de berger que l’on plantait dans la mie de pain pour dire la prière avant le repas.
La légende raconte que le couteau laguiole serait le lointain descendant du « capujadou », coutelas rustique venu d’Espagne par les drailles de transhumance. Ce qui est certain, c’est que l’industrialisation de Thiers, véritable berceau de la coutellerie française, a permis au laguiole de se perfectionner et de se diffuser bien au-delà de l’Aubrac. Les archives révèlent qu’en 1829 déjà, des couteliers thiernois expédiaient des « laguioles » vers le sud. Ce métissage de deux territoires – l’âme pastorale de Laguiole et le génie manufacturier de Thiers – a donné naissance à un objet universel, sans pour autant effacer le lien charnel qui unit le couteau à son pays de pierres et de vent.
Nos artisans d’aujourd’hui, qu’ils travaillent sur le haut plateau ou dans la vallée des usines, s’inscrivent dans cette longue chaîne de transmission. Chaque geste, chaque détail du couteau – le talon en acier, les mitres, le ressort guilloché – raconte une histoire d’hommes et de femmes qui, depuis plus de sept générations, se lèvent pour honorer ce patrimoine vivant.
La grammaire silencieuse des matières et des finitions
Le couteau laguiole ne se contente pas d’être performant ; il est un écrin de matières nobles choisies avec une exigence presque obsessionnelle. Le bois de genévrier, au parfum entêtant, le buis au grain serré, la corne de vache blonde d’Aubrac ou le précieux ivoire de mammouth fossile sont travaillés, polis et caressés jusqu’à obtenir cette chaleur tactile que nos clients du monde entier reconnaissent les yeux fermés. Chaque plaquette est sélectionnée pour sa densité, sa couleur et son veinage, avant d’être montée sur des platines en laiton massif martelé et ajustée au centième de millimètre.
L’acier de la lame mérite la même minutie. Nos forgerons recourent essentiellement à l’inox Sandvik 12C27 ou à l’acier carbone XC75, réputés pour leur tranchant durable et leur facilité d’affûtage. La trempe et le revenu sont des opérations critiques qui, sous le contrôle des maîtres couteliers, déterminent la dureté et la souplesse du fil. Mais l’âme du laguiole réside peut-être dans son ressort, cette longue pièce chantante qui claque sec à l’ouverture en rappelant le battement d’ailes de l’abeille ciselée sur son extrémité. La tradition veut que cette abeille – ou mouche selon les puristes – ait été ajoutée sur commande de Napoléon III, soucieux d’offrir aux soldats un signe impérial. Aujourd’hui, elle est le sceau indéfectible de notre savoir-faire.
Les finitions, elles, sont un langage à part entière. Du guillochage du ressort au limage des côtes du manche, en passant par le chambrage des platines et le polissage miroir de la lame, chaque détail est exécuté à la main, sans hâte. Certains ateliers proposent même des pièces d’exception entièrement sculptées, où le citoyen voit surgir des rinceaux, des feuilles d’acanthe ou des scènes de la vie rurale, démontrant que le couteau laguiole est une véritable toile pour les arts décoratifs.
Une richesse de formes pour célébrer tous les instants de la vie
Si le laguiole de poche reste le modèle iconique – celui que l’on glisse dans le gousset du dimanche –, la créativité des ateliers a fait éclore une famille nombreuse qui répond à chaque usage. Le laguiole droit, ou couteau de table, est devenu l’ambassadeur incontournable des grandes tables françaises et étrangères. Avec son manche fuselé, souvent proposé en corne blonde ou en ébène, il décline toute la grammaire esthétique de son aîné pliant. Les sets de six ou douze pièces, présentés dans des coffrets en bois, accompagnent les repas de fête et les alliances gastronomiques les plus exigeantes.
Les sommeliers ne sont pas en reste avec le laguiole tire-bouchon, qui allie la lame classique à un système de levier à double crans, parfois surmonté d’une queue de rat forgée. Plus récemment, le laguiole à champignon, le laguiole à steak ou encore le laguiole de cuisine ont conquis les professionnels des métiers de bouche. Certaines séries limitées, éditées pour les clubs de chasse ou les grandes maisons de vin, enrichissent encore cette diversité. Malgré cette multiplication des formats, tous restent fidèles à un cahier des charges strict qui garantit la présence des signes distinctifs : la mouche siglée, la croix de berger sur la virole, le ressort guilloché et, bien sûr, le marquage d’origine certifiant la fabrication Aubrac-Auvergne.
- Laguiole pliant classique (1 ou 2 pièces) : le compagnon de poche intemporel
- Laguiole droit de table : élégance et symétrie pour l’art de recevoir
- Laguiole sommelier : l’alliance du tranchant et du tire-bouchon professionnel
- Laguiole cuisine et office : robustesse et précision au quotidien
- Pièces de collection damassées ou sculptées : l’excellence en édition limitée
L’Indication Géographique et la vitalité d’un écosystème local
L’homologation de l’Indication Géographique « Couteau Laguiole » par l’INPI en septembre 2022 a scellé juridiquement une réalité historique et humaine : celle d’un bien produit sur deux territoires indissociables, Aubrac et Auvergne. Ce label, le premier du genre pour un objet manufacturé en France, ne se contente pas de protéger un nom ; il consacre un bassin d’emploi, des centaines de gestes techniques et une économie circulaire qui participe à la vie des communes rurales. Ainsi, lorsqu’un client acquiert un couteau portant le logo IGP, il achète la garantie que l’objet a été intégralement fabriqué selon le référentiel validé par l’État, sur les lieux historiques, par des mains formées à la tradition.
Cette reconnaissance donne des ailes aux jeunes générations. Les centres de formation de Thiers et les compagnons du devoir qui se perfectionnent sur le plateau de Laguiole peuvent désormais envisager une carrière solide dans un métier d’art valorisé. Le renouvellement des compétences est assuré, et avec lui la survie de sous-traitants locaux – aiguiseurs, graveurs, fabricants de ressorts, scieurs de bois – qui forment la chaîne discrète mais indispensable du laguiole. Protégé des contrefaçons usurpant son nom, le couteau laguiole peut ainsi continuer à faire rayonner l’excellence française à travers les cinq continents, tout en maintenant des prix justes pour les ateliers et les ouvriers engagés dans cette aventure commune.